Valérie Pécresse, ministre et les 14 blogueurs (suite)
Publié le 6 décembre 2007 à 02:30
Pas sûr que mon double statut de journaliste et de blogueur fasse de moi le mieux placé pour ajouter mon grain de sel, dans la série "compte-rendu", ni que cela fasse sens. Il n'y a pas d'annonce, mais une rencontre informelle, donc "journalistiquement" cela ne méritait pas un papier, sinon un écho tendance mondain ou just for fun, qui s'allonge un peu vu que sur un blog on a la place. Place qui serait refusée, pour futilité, sur papier. Plus de 24 h après, les témoignages de certains blogueurs invités évoquent le contenu des discussions qui ont animé le dîner (ce que je n'ai pas fait, évoquant seulement le cadre et le contexte) organisé par Valérie Pécresse, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Deux exemples :
Sébastien Billard dans Bilan d'un dîner blogosphérique avec Valérie Pecresse :
La ministre se pose un certain nombre de questions : "Comment développer l'équipement des ménages ?" "Quel rôle pour l'Europe, et quelle ambition la France porte-t-elle concernant les technologies de l'information?" "Que sera le net 3.0, le web de demain, l'internet des objets ?" "Qu'est-ce qu'on fait pour les personnes âgées ?" "Quelle perspectives technologiques ?" Eric Dupin fait pertinemment remarquer qu'avant de vouloir équiper les ménages, il faudrait dresser une typologie des non-connectés, pour mieux cerner leurs besoins. Pour Gilles Klein, qui croit aux terminaux mobiles, "tout ne passe pas par l'ordinateur". Fredéric Cavazza reste persuadé que le web mobile est réservé à une utilisation d'appoint ; certains convives ne sont pas d'accord.Eric Dupin dans Au Ministère, c'est fromage ou dessert[*] (lui aussi a constaté l'absence de fromage)
Les principaux sujets évoqués ont été les suivants :Rencontre informelle, comme d'autres cette année et les précédentes depuis mes débuts sur Internet en 1994. Rencontres en plus petit comité, auxquelles j'ai participé avec d'autres responsables politiques gouvernementaux, y compris de plus haut niveau, sans l'écrire, ni ici, ni ailleurs, par discrétion naturelle, et parce que je ne suis pas sûr que ces échanges soient porteurs de sens pour ceux qui n'y participent pas, surtout quand ils servent à l'hôte comme une petite séance de brainstorming, pas déplaisante, dont le résultat concret et immédiat, est sans doute nul. Et enfin, le fait d'en parler peut être, aussi, une sorte d'autopromotion un peu dérisoire.
- la fracture numérique : 50% des foyers français ne sont pas reliés à internet (ou pas équipés d'ordinateur)
- quelle est la nature de cette fracture numérique ? Qui touche-t-elle ? Les personnes âgées ? Surtout les foyers en difficulté ou en mal d'insertion sociale ?
- la fracture numérique est-elle réellement liée à un problème de moyens financiers ? ....
- l'internet mobile et l'internet des objets serait-il de nature à apporter une réponse à cette fracture numérique, en donnant plus facilement un accès au net à des gens qui n'ont pas d'ordinateur ?
- le web à l'école et à l'université : avec le programme 1 PC portable pour 1 Euro par jour, 50% des étudiants se sont équipés en deux ans. Mais cela est loin d'être satisfaisant selon Valérie Pécresse, qui aurait souhaité que dans le même délai on atteigne plutôt les 80% d'équipement
Participer à ce genre de soirée, semble nécessiter aux yeux de certains un compte-rendu qui pourrait éventuellement, selon la notation décernée au compte rendu (de nul à complaisant, en passant par minable ou sympathique) justifier le caractère suspect ou coupable de la participation à tout événement "officiel" ou vu comme tel. Mon billet précédent sur cette soirée m'a, aussi, valu quelques noms d'oiseaux dans les commentaires (dont deux anonymes) - plus quelques mails d'injures (mais je ne les reproduis pas, correspondance privée, avec des comptes emails sans doute ouverts pour cette occasion, que d'honneur pour ma petite personne...) - extraits des commentaires :
Palazzo Schiavoni (Venise)Je supprime illico ce blog de mon aggrégateur. Lire le blog d'un mec qui va banqueter à l'invitation d'un ministre de Sarkozy, et puis quoi encore ?
quel est l'intérêt de ce genre de rencontre à part participer à la propagande de la droite "bling bling"...
Ce billet est pitoyable. C'est en fait le plus mauvais compte-rendu qui a été fait de cette réunion. Du vent ! Un billet à l'image de son auteur...
Photo G.K.
La publication du dit billet qui ne s'attachait qu'à la forme a été motivée par le fait que le nombre d'invités, une quinzaine, aboutirait à une certaine forme de publicité sur d'autres blogs, et que ne pas en parler aurait paru bizarre, mais c'était peut-être le meilleur choix. Je n'ai pas, avant ce dîner, fait de billet, pour annoncer cette invitation, ou évoquer la polémique initiée par l'un des invités qui a refusé de venir.
"Je pense" que la discussion était un peu large (on a même parlé de jeu vidéo, du cadre législatif français etc..), mais que cela répondait peut-être au choix de notre hôte de faire un petit tour d'horizon pas seulement sur les sujets qu'elle traite ou qu'elle peut être amenée à traiter. Donc lister, dans un billet les thèmes effleurés me paraissait un peu vain, je savais que d'autres le feraient, je préfère donc voir mon billet, qui n'était pas un compte-rendu, mais une évocation du cadre, vu comme "du vent" et moi-même aussi au passage. J'aimerais bien être un générateur de vent, plutôt que de mots écrits ou non, car le vent c'est de l'énergie, de l'énergie propre, et elle gonfle les voiles qui font avancer les bateaux, vers l'horizon, alors que mon écran reste immobile.
J'ai l'impression que la ministre de l'Enseignement Supérieur est un interlocuteur pour souligner que beaucoup d'étudiants semblent manquer de recul, de regard critique, sur le contenu d'Internet en général, sur la recherche sur Internet, en particulier, souvent mal maîtrisée. Beaucoup d'étudiants, pourtant sensés être mieux avertis que des jeunes moins favorisés qui ne font pas d'études longues, semblent ignorer, ou ne pas se soucier du fait que la gestion désordonnée de leur identité numérique en ligne peut leur provoquer immédiatement ou plus tard des soucis. Des propos ou des photos fantaisistes déposés sur leurs comptes MySpace, Facebook ou sur leur blog, peuvent leur coûter une place, une embauche refusée, sans parler de fin prématurée de stage ou même de licenciement.
Avant de s'en prendre à un éventuel Big Brother (avant-hier IBM, hier Microsoft, aujourd'hui Google) une tête de turc, un arbre qui cache la forêt, il faudrait éviter de l'alimenter soi-même en dévoilant, volontairement, sa vie privée de manière ingénue que l'on soit étudiant ou journaliste, et j'ai donné des exemples concrets. La querelle des terminaux me paraît tout aussi vaine. Ordinateur fixe, ou portable téléphone mobile ou iPhone démocratisé, peu importe, un terminal adapté aux usages de chacun fait l'affaire. Si c'est par le mobile avec des forfaits data illimités que certains découvrent un bout de l'Internet par le petit bout de la lorgnette, peu importe. Le taux d'équipement en ordinateur ne me semble pas non plus très significatif. Tout dépend de l'usage réel que l'on en fait.
Apprendre à maîtriser cet outil, les traces que l'on laisse en ligne, fixer des limites au dévoilement de son intimité devrait faire partir de l'éducation, mais faut-il rajouter une case dans l'emploi du temps déja surchargé des élèves et des étudiants français ? "Je pense" que l'ordinateur connecté (à l'Internet ou à l'Intranet) doit devenir un outil pédagogique banal et complémentaire des autres dans toutes les disciplines, un compagnon d'étude, comme il est déja un compagnon indispensable depuis des années pour la quasi totalité des 14 hyperconnectés qui étaient assis autour de la table hier soir et qui ont souhaité prolonger la soirée de manière conviviale, après la réception, profitant du hasard d'une volonté ministérielle qui les avait réunis. Simplement contents d'être ensemble.
Sur le côté "opération de com". Et bien oui, dans la vie politique, dans la vie des entreprises, comme dans celle de tout auteur de blog (même anonyme) il y a bien sûr de la communication. Ici, au moins, elle a l'avantage d'être exposée, visible, commentée, disséquée. Chacun peut zapper ou s'attarder pour envoyer des tomates sur les pelés, les galeux qui ont participé à ce dîner.
Sur ce, nuit au son du début de Como Cierva Sedienta II (Arvo Pärt)
Par Gilles Klein - Dans la catégorie
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Commentaires sur ce billet :
Bonjour Gilles,
et merci de ces utiles précisions qui recadrent bien (je continue de croire que c'était nécessire) votre identité numérique ;-)
par Olivier Ertzscheid le 6 décembre 2007 à 08:49
J'arrive, d'un clic, d'un blog sur lequel vous avez laissé un commentaire... Il y a un petit "vent" frais qui souffle par ici, qui fait avancer les bateaux... Je vais le prendre un moment et voir où il me conduira, pour la ballade, sans exigence de destination. Merci.
par Jean le 6 décembre 2007 à 15:49
Dans 3 semaines elle ne sera plus ministre...
par Troll rigolo le 6 décembre 2007 à 22:56
Mme Pécresse n'a pas d'infos sur ce domaine par son papa, le boss de bolloré telecom qui a reçu la moitié des licenses wimax en france ? (normal pour un groupe aussi connu dans les telecom que bolloré ;-))
par Newsnours le 7 décembre 2007 à 19:57
Je me suis posé le même type de questions, Newsnours.
Gilles, vous a-t-elle donné le sentiment que ce type de questions, elle ne le traitait qu'avec des bloggueurs, ou elle avait d'autres inputs provenant de toutes les instances qui existent déjà, à commencer par tout ce que publient les chercheurs des écoles des télécoms ?
par Aymeric le 8 décembre 2007 à 12:55
En tant que ministre, Valérie Pécresse est naturellement entourée de conseillers techniques, et d'avis de spécialistes. Là il s'agissait d'un tour de table au sens propre pour écouter les avis en direct d'utilisateurs quotidiens.
par Gilles Klein le 8 décembre 2007 à 13:00
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